L’OR ET LA SURVIE FINANCIèRE DANS LES ANNéES 2020

January 16, 2020
par Egon von Greyerz

2020 – une année et une décennie inquiétantes.

20/20 est la vision parfaite en optique, “marquée par un discernement, un jugement ou une évaluation facilement précis” comme le définit le dictionnaire Webster.

Alors, serons-nous en mesure de mieux prédire les années 2020 que les années 2000 ou 2010? Je peux dire avec confiance que non.

LA DETTE MONDIALE A ÉTÉ MULTIPLIÉE PAR 2 ET LE NASDAQ PAR 7

Qui, il y a 10 ans, aurait pu prévoir que le Nasdaq serait multiplié par 7 depuis son plus bas de 2009. Ou que les taux d’intérêt mondiaux seraient proches de zéro ou négatifs pendant la plus grande partie de la dernière décennie. Ou que la dette mondiale doublerait après le début de la Grande crise financière de 2006, passant de 125 000 à 260 000 milliards $. Avec toute cette impression de monnaie, qui aurait cru que l’or en dollars américains serait toujours en dessous de son pic de 2011 à 1 920 $, neuf ans plus tard.

PRÉDIRE EST UN JEU DE DUPES

Cela montre bien que les prédictions sont un jeu de dupes. Mais beaucoup d’investisseurs chanceux et prospères ne seront pas d’accord avec cette affirmation. Notamment mon cher ami Alfred, dont j’ai récemment parlé. Alfred est entièrement investi dans le marché boursier américain depuis 1945 et a fait fortune malgré de nombreuses corrections vicieuses.

Alfred a prouvé qu’en étant toujours long sur le marché, vous faites mieux qu’au moins 99% des gestionnaires de placement professionnels qui essaient sans succès d’anticiper le marché et de faire tourner fréquemment leur portefeuille.

Alfred a encore vécu une belle année, avec un Dow Jones en hausse de 24% en 2019. Quelle belle vie… il suffit de suivre l’indice, sans faire d’analyse, sans anticiper le marché, sans jamais vendre, sans jamais lire de nouvelles financières et de profiter de sa retraite. Alfred fait cela depuis bientôt 75 ans et il est peu probable qu’il change sa stratégie simpliste de placement. Pourquoi devrait-il le faire, puisqu’en investissant uniquement ses économies, il a désormais un portefeuille de 16 millions $ (le graphique ci-dessous indique 14 millions $). Alfred sera-t-il chanceux encore une année ? Comme toujours, nous le saurons plus tard.

LA SURVIE FINANCIÈRE DANS LES ANNÉES 2020

En ce début d’année et de décennie, de nombreux experts se prêtent au jeu des prédictions. Je vais essayer de résister à la tentation. D’autres s’en chargeront, la plupart sans succès. Cela ne m’empêchera pas de donner quelques indications à la fin de l’article.

Mais même si, comme beaucoup d’autres, j’ai mon point de vue sur l’orientation future des marchés, le facteur le plus important pour la décennie à venir est, à mon avis, non pas de gagner de l’argent mais de survivre financièrement.

Les années 2010 ont été une décennie de fantaisie – marchés fantaisistes, valorisations fantaisistes, monnaie fantaisiste, dette fantaisiste et banquiers centraux fantaisistes. Pour les personnes qui ont profité de ce monde fantastique, cela semble clairement réel.

Le monde fantastique perdura-t-il encore une décennie ? Nous le saurons d’ici 2030. La majorité des investisseurs qui en ont bénéficié dans les années 2010 ne changeront certainement pas de position au début des années 2020.

L’ARROGANCE ET LA COMPLAISANCE PEUVENT COÛTER CHER

Les traders sont conscients que la période de négoce la plus dangereuse est celle qui suit un gain important sur le marché. C’est le moment où ils pensent être les maîtres de l’univers. Il existe de nombreux exemples. Prenez le gestionnaire de fonds spéculatifs John Paulson qui, après ses méga gains sur les subprimes, a vu ses capitaux chuter de 36 milliards $ à 8 milliards $.

Ce sera la même chose aujourd’hui pour la plupart des investisseurs, qu’ils soient dans les actions, les obligations ou l’immobilier. Ils croient être totalement invulnérables et tout savoir. La même chose s’est produite lors du boom du Nasdaq à la fin des années 1990. Au début de l’an 2000, tous les investisseurs étaient des spécialistes des valeurs technologiques. Deux ans plus tard, après l’effondrement de 80% du Nasdaq, il n’y avait plus aucun expert en technologie.

AU BORD DU PRÉCIPICE

Aujourd’hui, après une nouvelle année record sur la plupart des marchés boursiers mondiaux, très peu d’investisseurs se montrent préoccupés. Pourquoi le devraient-ils ? Après tout, beaucoup d’entre eux sont aujourd’hui plus riches que jamais. Sommes-nous au bord d’un précipice comme en 2007, 2000, 1987, 1973 ou 1929 ?

Ces années sont des exemples de pics, suivis par des chutes de 50-90% des différents indices. Il faut se rappeler qu’il s’agissait de baisses moyennes et que beaucoup d’entreprises ont disparu. En 1973, je travaillais pour le groupe Dixons au Royaume-Uni et je me souviens très bien comment mes premières actions sont passées de 1,27 £ à 0,09 £, soit une chute de 93%. La société était financièrement solide, mais étant dans l’électronique grand public, elle s’est effondrée plus violemment que le marché. Dixons s’est ensuite redressé et, dans les années 1980, nous l’avons transformé en société du FTSE 100 et en principal détaillant électronique du Royaume-Uni.

Après une longue carrière dans les affaires et sur les marchés, j’ai appris qu’il est pratiquement impossible d’anticiper exactement les hauts et les bas. Comme l’a dit l’économiste John Maynard Keynes, “Le marché peut rester irrationnel plus longtemps que vous ne pouvez rester solvable.”

ATTENTION À L’EXCÈS DE CONFIANCE

Ainsi, plutôt que de se demander si nous sommes au bord d’un krach, il est essentiel de se concentrer sur le risque. Tout d’abord, si nous analysons le risque de marché, la plupart des actifs se trouvent aujourd’hui en territoire de bulle, qu’il s’agisse des actions, des obligations ou de l’immobilier. Quels que soient les critères d’évaluation, ces marchés sont massivement surévalués. Mais nous devons nous rappeler que les bulles peuvent continuer à grossir, comme l’a dit Keynes.

Un certain nombre de facteurs maintiennent les marchés à la hausse, et l’un des plus importants est la confiance. Depuis un certain temps, les investisseurs sont ultra-confiants, bien aidés par les banques centrales, la Fed en tête, mais aussi par la BCE, la BoJ (Banque du Japon) et la BNS (Banque nationale suisse). Avec l’impression incessante de billets ou QE, combinée aux achats d’actifs, ces banques ont soutenu les marchés boursiers tout au long des années 2000.

Pour la plupart des investisseurs, il n’y a aucune raison de croire que les banques centrales cesseront de soutenir les marchés. Les banquiers centraux savent que les marchés ont constamment besoin d’injections de liquidités pour éviter l’effondrement. Les marchés sont donc convaincus que le cercle vertueux vicieux d’augmentation du QE et de hausse des prix se poursuivra à l’infini. Tant que cette confiance est maintenue, les marchés resteront élevés.

Mais des marchés extrêmement surévalués, soutenus par l’impression de monnaie sans valeur, ne sont pas un signe de santé. Il s’agit plutôt de faux marchés soutenus par de la fausse monnaie. Et il suffit de peu de choses pour les briser.

3 DOUZAINES DE RAISONS DE S’INQUIÉTER

Voici une bombe à retardement avec 3 douzaines de raisons de s’inquiéter. N’importe lequel de ces facteurs de risque suffit à déclencher un krach boursier. Le catalyseur pourrait être l’Iran et le risque d’un conflit mondial majeur, ou alors les guerres commerciales, la faillite d’une banque comme la Deutsche ou l’effondrement du dollar américain. Mais le catalyseur ne sera pas nécessairement un événement majeur. Dans un marché aussi fragile, il pourrait s’agir de la faillite d’une petite banque ou même d’un événement politique.

Inutile d’essayer de savoir quel sera le déclencheur. Les investisseurs devraient plutôt se concentrer sur le risque. Avec un risque mondial sans précédent et une dette mondiale qui plane dangereusement, plus les produits dérivés et le passif non capitalisé dépassant les 2 quadrillions $, le krach à venir sera monumental.

SEUL DEUS EX MACHINA PEUT NOUS SAUVER

À l’exception de Deus ex Machina (dieu sauvant l’intrigue dans les pièces grecques anciennes), il n’y a pas de solution. Nous ne pouvons pas résoudre un problème d’endettement avec plus de dettes, et faire passer les taux d’intérêt en territoire négatif ne fera qu’empirer les choses puisque ni les banques, ni les épargnants, ni les retraités n’y survivraient.

Quelle est donc la solution ? Je suis à 100% convaincu qu’il n’y a pas de solution. Comme l’a dit von Mises, “Il n’y a aucun moyen d’éviter l’effondrement final d’un boom provoqué par une expansion du crédit. L’alternative est de savoir si la crise doit arriver plus tôt, par l’abandon volontaire d’une expansion supplémentaire du crédit, ou plus tardivement, comme une catastrophe finale et totale du système monétaire affecté.”

Comme le dit von Mises dans cette citation, nous sommes aujourd’hui confrontés à “un effondrement final et total du système monétaire affecté”. Et quand il dit système monétaire, il fait clairement allusion à l’effondrement total du système financier. Malheureusement, ce sera probablement le résultat des plus grandes bulles financières et excès de l’histoire.

Alors que monde s’apprête à vivre la grande destruction de richesse jamais observée, que faut-il faire ? Malheureusement, la plupart des gens ne feront rien avant qu’il ne soit trop tard. Ils s’attendent à encore être sauvés par les banques centrales, mais cette fois-ci, elles seront impuissantes. Continuer à imprimer de la monnaie sera inutile et ne fera que provoquer une hyperinflation. Ainsi, de nombreux investisseurs risquent de perdre 75%-99% de leur patrimoine au cours des prochaines années.

L’OR EST VOTRE MEILLEURE ASSURANCE

La meilleure assurance contre l’effondrement de la richesse “papier” est clairement les actifs tangibles. Tout au long de l’histoire, l’or physique a toujours été la protection ultime contre les risques politiques ou financiers. Ce sera une nouvelle fois le cas. Malheureusement, très peu de gens étudient l’histoire ou alors ils croient qu’elle sera différente cette fois-ci. Mais l’histoire se répète souvent et nous avons tous beaucoup à apprendre d’elle. Nous venons de traverser une période de 100 ans basée sur la dette et l’argent imprimé, qui a créé une croissance continue de la richesse “papier”. Ainsi, la plupart des investisseurs ne verront aucune raison de changer de cap.

LA FORTE DEMANDE ET LE DÉFAUT DU MARCHÉ “PAPIER” VONT CRÉER DES PÉNURIES MASSIVES D’OR

Moins de 0,5% des investisseurs détiennent actuellement de l’or ou des titres aurifères. Très peu d’entre eux achèteront des métaux précieux au début de la crise. Lorsque l’or dépassera 2 000 $ et l’argent 50 $, davantage d’investisseurs commenceront à s’y intéresser. Le problème pour les nouveaux investisseurs est que les titres aurifères et argentifères constituent un marché minuscule. Une hausse de la demande ne créera pas plus d’or et d’argent physique puisque nous avons atteint un pic de production. Il y a environ 170 000 tonnes d’or et de bijoux en or dans le monde, mais pratiquement rien de tout cela ne sera disponible aux bas prix actuels.

Pour aggraver le problème, les marchés à terme de l’or et de l’argent et le marché interbancaire ont des positions massives sur l’or et l’argent papier. Une fois que les détenteurs de papier exigeront une livraison physique, les prix de l’or et de l’argent exploseront puisqu’il n’y a pas de métaux physiques derrière ces montagnes de papier. Nous avons déjà vu la panique sur le marché de l’or, comme en Chine en 1948.

LE MARCHÉ HAUSSIER DE L’OR A ENCORE BEAUCOUP DE POTENTIEL

Les métaux précieux sont dans un marché haussier depuis 2000. Il y a eu de longues périodes de correction, mais la dernière correction est maintenant derrière nous et le mouvement qui vient de commencer sera probablement très fort. L’or est à son plus haut niveau dans la plupart des devises, à l’exception du franc suisse et du dollar américain. Il ne devrait pas tarder à dépasser le sommet de 2011 à 1 920 $, avant d’atteindre des prix beaucoup plus élevés lorsque le dollar s’effondrera. L’argent devrait monter 2 à 3 fois plus vite que l’or.

Les métaux précieux ont déjà commencé leur mouvement à la hausse et pourraient se déplacer rapidement. Qu’en est-il des actions ? Comme quelqu’un l’a dit, “ne me dites pas quelles actions acheter, dites-moi quand”. D’après mon évaluation des risques et mon analyse des cycles, les marchés boursiers pourraient désormais se retourner à n’importe quel moment. D’après les données techniques, la fin du marché haussier séculaire est imminente, comme je l’ai indiqué dans mes derniers articles.

Peu importe si l’économie mondiale se retourne au début de 2020 ou que l’euphorie se poursuive pendant un certain temps. Ce que nous savons, c’est que le risque est à son maximum et qu’il est donc absolument essentiel de protéger son patrimoine. Tout au long de l’histoire, l’or physique a été la meilleure assurance contre les risques financiers. Ce ne sera pas différent cette fois-ci.



Egon von Greyerz
Fondateur
Matterhorn Asset Management
Zurich, Switzerland
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